Enquête interne

discrimination et agissements sexistes 

Enquête interne discrimination et agissements sexistes : objectiver les faits et les décisions

Un salarié estime avoir été écarté d’une promotion, moins bien rémunéré, défavorisé dans ses conditions de travail ou exposé à des comportements liés à son sexe, son origine, son âge, sa santé, son handicap ou un autre critère protégé.

Le Défenseur des droits recommande pour les enquêtes internes en matière de discrimination une méthode fondée notamment sur la confidentialité, l’impartialité, l’objectivité et la rigueur. L’enquête doit reconstituer les décisions prises, leur chronologie, les personnes placées dans des situations comparables et les raisons objectives susceptibles de les expliquer.

Une discrimination ne s’annonce pas toujours comme telle

Les situations les plus simples sont rarement les plus fréquentes. Une décision discriminatoire n’est pas nécessairement accompagnée d’un propos explicitement lié à l’origine, au sexe, à l’âge, au handicap ou à un autre critère protégé.

Elle peut apparaître dans une succession de décisions : refus d’évolution, différence de rémunération, retrait de responsabilités, évaluation, changement d’horaires, mutation ou rupture du contrat.

Le Code du travail interdit les mesures discriminatoires fondées sur de nombreux critères protégés. En cas de contentieux, lorsque le salarié présente des éléments laissant supposer une discrimination, l’employeur doit démontrer que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

L’enquête ne cherche donc pas seulement des propos discriminatoires. Elle recherche ce qui explique concrètement une différence de traitement.

Ce que l’enquête doit réellement objectiver

Quel motif est invoqué ?
Sexe, origine, âge, grossesse, état de santé, handicap, orientation sexuelle, identité de genre, convictions religieuses, activités syndicales ou autre critère protégé : il faut identifier précisément ce qui est susceptible d’avoir influencé la décision.

Quel traitement est contesté ?
Rémunération, promotion, formation, évaluation, affectation, horaires, répartition des responsabilités, sanction ou rupture : l’enquête doit identifier précisément la décision ou la pratique dénoncée.

Comment les autres situations ont-elles été traitées ?
Qui a obtenu la promotion ? Comment les augmentations ont-elles été attribuées ? Quels salariés ont conservé leurs responsabilités ? Les situations comparables peuvent permettre de comprendre si une différence de traitement existe réellement.

Quand la situation a-t-elle changé ?
Une grossesse annoncée, un problème de santé, une activité syndicale, une demande d’aménagement ou tout autre événement peut constituer un point de rupture dans la trajectoire professionnelle. L’enquête reconstitue ce qui précède et ce qui suit.

Qui a décidé, et sur quels éléments ?
L’enquête identifie les personnes intervenues dans la décision, les critères utilisés à l’époque et les documents qui permettent d’en retrouver la justification.

Existe-t-il une explication objective ?
Performance, expérience, compétences, organisation, contraintes opérationnelles ou autre justification avancée : elle doit pouvoir être confrontée aux documents disponibles et au traitement réservé aux autres salariés.

Discrimination et agissement sexiste : des situations différentes qui peuvent se recouper

L’enquête doit examiner à la fois les décisions prises et l’environnement dans lequel elles sont intervenues.

  • DISCRIMINATION DIRECTE
    Une différence de traitement
    Une discrimination directe existe lorsqu’une personne est traitée moins favorablement qu’une autre dans une situation comparable en raison d’un critère protégé. La comparaison peut également porter sur la manière dont une autre personne aurait été traitée.
  • DISCRIMINATION INDIRECTE
    Une règle apparemment neutre
    Une règle, un critère ou une pratique identique pour tous peut produire un désavantage particulier pour certaines personnes. Son apparente neutralité ne suffit donc pas à exclure toute discrimination.
  • AGISSEMENT SEXISTE
    Un comportement lié au sexe
    Un agissement sexiste est un comportement lié au sexe d’une personne ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.
  • ENVIRONNEMENT DISCRIMINATOIRE
    Les comportements comptent aussi
    La discrimination ne se limite pas aux décisions de carrière. La loi inclut également certains agissements liés à un critère protégé ou à connotation sexuelle lorsqu’ils portent atteinte à la dignité ou créent un environnement hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

Une enquête qui croise les parcours, les décisions et les preuves

La composition de notre équipe est adaptée aux faits signalés et aux éléments qu’il est nécessaire d’examiner.


YML AVOCAT

Pilotage juridique

Définition du périmètre, conduite des investigations, analyse des décisions et qualification des faits.

PSYCHOLOGUE

Conduite des auditions

Intervention dans les auditions lorsque la nature des comportements ou la situation des personnes le justifie.

SPÉCIALISTES NUMÉRIQUES

Analyse des preuves

Préservation et analyse des courriels, messageries, fichiers ou autres données nécessaires pour reconstituer certaines décisions.

Enquête indépendante

Auditions spécialisées

Preuves numériques

Rapport exploitable

Une enquête peut conduire à plusieurs conclusions

L’analyse de 200 décisions de cours d’appel rendues entre 2016 et 2025 montre une chose : en matière d’enquête interne, le juge ne s’arrête pas à la conclusion du rapport. Il examine aussi comment l’entreprise a réagi, enquêté, conservé les preuves et justifié ses décisions.

La différence de traitement est objectivée

Les investigations permettent d’établir une différence de traitement reliée à un critère protégé et les éléments recueillis ne permettent pas de l’expliquer par des raisons objectives étrangères à toute discrimination.

Des comportements doivent être traités

L’enquête établit des comportements sexistes ou discriminatoires qui appellent une réponse, indépendamment d’une décision particulière de carrière.

Une différence existe, mais sa cause est documentée

L’enquête confirme une différence de traitement mais permet d’identifier des éléments objectifs cohérents et documentés susceptibles de l’expliquer.

L’enquête ne permet pas de trancher

Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir avec suffisamment de précision l’origine d’une décision ou la matérialité de certains comportements.

L’existence d’une différence de traitement ne suffit pas à elle seule à expliquer pourquoi elle s’est produite. C’est précisément ce que l’enquête doit rechercher.

CAS CONCRET

« Elle n’a pas été promue parce qu’elle était moins disponible »

Une salariée constate qu’elle n’a pas obtenu une promotion à son retour de congé maternité.

Son manager explique que la décision repose sur la disponibilité nécessaire pour le poste et sur l’expérience d’un autre candidat.

L’enquête reconstitue les critères utilisés lors de la sélection, les évaluations antérieures, les candidatures comparables et les échanges intervenus au moment de la décision.

Un courriel adressé quelques semaines auparavant évoque toutefois les contraintes liées à son retour et la difficulté supposée de lui confier certains dossiers.

Ce que l’enquête doit établir

Quels étaient les critères de promotion ?
Étaient-ils définis avant la décision ?
Comment les autres candidats ont-ils été évalués ?
Les mêmes exigences leur ont-elles été appliquées ?
Quand la décision a-t-elle réellement été prise ?
Quel rôle les considérations liées à la maternité ont-elles joué ?

L’enquête ne s’arrête pas à la justification donnée après coup. Elle recherche les éléments contemporains de la décision.

Questions fréquentes

Discrimination, comparaison, preuves, agissements sexistes : les réponses aux principales questions soulevées par ce type de signalement.

Un signalement ne doit pas rester sans traitement. Le Défenseur des droits recommande aux employeurs de diligenter une enquête sérieuse permettant de vérifier les faits, protéger les personnes et prendre les mesures appropriées. La méthode recommandée repose notamment sur l’impartialité, l’objectivité, la confidentialité et la rigueur.

La forme et l’étendue des investigations doivent toutefois être adaptées aux faits signalés et aux éléments déjà disponibles.

L’absence de propos explicite n’exclut pas une discrimination. L’enquête peut examiner la chronologie des décisions, les critères utilisés, la situation d’autres salariés, les évaluations, les rémunérations, les promotions ou les échanges contemporains des faits.

Le régime de preuve prévu par le Code du travail tient d’ailleurs compte de cette difficulté : lorsque des éléments laissent supposer une discrimination, il appartient ensuite à l’employeur d’établir que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination.

Non. La comparaison est souvent particulièrement utile, mais le droit de la discrimination ne suppose pas nécessairement de trouver un « clone professionnel ». La définition de la discrimination directe vise notamment la manière dont une autre personne est, a été ou aurait été traitée dans une situation comparable.

L’enquête recherche donc les comparaisons pertinentes sans les réduire à la seule identité de poste ou d’ancienneté..

Oui. Contrairement à certaines formes de harcèlement qui supposent une répétition, l’article L.1142-2-1 vise « tout agissement » lié au sexe d’une personne lorsqu’il porte atteinte à sa dignité ou crée un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

L’enquête doit donc examiner la nature du comportement et son contexte, même lorsqu’un seul événement est dénoncé.

Selon les faits, l’enquête peut notamment porter sur les évaluations, rémunérations, promotions, organigrammes, décisions d’affectation, historiques de candidature, objectifs, échanges professionnels, comptes rendus ou documents ayant servi à prendre la décision contestée.

L’objectif n’est pas d’accumuler des données, mais d’identifier les éléments permettant de comprendre qui a décidé quoi, à quel moment, selon quels critères et comment les situations comparables ont été traitées.

Un signalement de discrimination ou d’agissements sexistes vient d’être porté à votre connaissance ?

L’analyse doit être organisée rapidement : identifier les décisions concernées, préserver les documents, déterminer les comparaisons pertinentes et recueillir les explications des personnes impliquées.

Une urgence ? Indiquez simplement la date du signalement et les fonctions des personnes concernées